" L’ennemi contre lequel se battait le Dharma Sangh n’était pas l’Empire anglais, dont les représentants n’intervenaient pas dans les domaines de la religion et des rites. Ce qui paraissait dangereux aux représentants de la tradition était le faux hindouisme des Indiens anglicisés, qui prétendaient adapter les doctrines traditionnelles aux conceptions chrétiennes considérées comme plus compatibles avec les réalités du monde moderne. Il fallait lutter contre les soi-disant ashrams qui exploitaient la crédulité des gens, le théosophisme, Aurobindo, les adeptes de Ramakrisna, mais surtout les politiciens et en particulier Gandhi, qui apparaissait comme le type même du réformateur moderniste, plus chrétien qu’hindou, luttant comme Don Quichotte contre des problèmes qui n’existaient pas tels que celui des castes et des soi-disant "intouchables", ce qui lui faisait une publicité considérable parmi les socialistes anglais mais n’intéressait pas les populations. "
Alain DANIÉLOU, Le chemin du labyrinthe, 1981
" Allant en Autriche et en Hongrie, nous avons fait plusieurs brefs séjours en Allemagne. Il est difficile, étant donné les événements qui suivirent, de se représenter l’attrait spectaculaire qu’avait l’Allemagne au début du nazisme. Les gens qui admirent aujourd’hui le spectacle des Jeux olympiques de Moscou savent très bien ce que représentent l’oppression, le goulag, l’impérialisme soviétique. A l’époque, on n’avait pas grand-chose à reprocher aux hitlériens sinon sur le plan idéologico-politique. L’antisémitisme allemand n’avait pas encore pris les proportions d’un génocide et les Français n’y voulaient voir qu’un phénomène analogue à celui qui s’était manifesté en France à l’époque de l’affaire Dreyfus. L’organisation, l’ordre, l’enthousiasme d’une jeunesse en uniforme, les constructions spectaculaires faisaient de l’Allemagne un pays stupéfiant. En France, beaucoup de gens modérés et pas du tout par nature militaristes pensaient qu’à long terme la renaissance de la puissance allemande était la seule manière d’éviter l’asservissement de l’Europe entière par les Soviétiques. Ils proposaient la détente voire la collaboration avec le régime hitlérien exactement comme certains le proposent aujourd’hui avec l’U.R.S.S. Aurait-on pu ainsi éviter l’occupation, les génocides, l’asservissement aux Russes de la moitié de l’Europe et peut-être la domination du continent entier par le communisme, une régression qui ressemblerait à celle qui suivit la destruction de l’Empire romain au nom d’une autre idéologie totalitaire, le christianisme ? II est difficile de le savoir. "
Alain DANIÉLOU, Le chemin du labyrinthe, 1981





